Lundi 24 novembre 2008
- Même pas chiche !

C’est son signal. Quand elle me lance cette phrase, je sais ce qui m’attend. Elle sait ce qui l’attend. Trois mots qui me font réagir, tel un espion en sommeil que l’on réactive. Je dois toujours me tenir prêt, sur le qui-vive, l’arme bien nettoyée et les munitions en quantité suffisante. Une fois le code secret délivré, c’est à moi de prendre les choses en main. J’ai carte blanche pour les initiatives, même les plus farfelues. Ma mission n’est jamais simple, mais à le mérite d’être claire : Je dois la faire jouir.

Je la connais bien. Parfois, je sais même à l’avance quand et où elle va prononcer le sésame. Mon intuition me trompe rarement. La seule différence avec les fois où je ne m’y attends pas, c’est que je bande avec quelques minutes d’avance. Rien de grave. Quand le processus est enclenché, plus rien ne peut m’arrêter. Généralement, elle me facilite les choses. Elle se pointe à nos rendez-vous, en jupe et sans culotte. Prête à l’emploi. Je la soupçonne même de se masturber quelques instants avant nos rencontres, pour mieux m’ouvrir la voie.

Mais c’est loin d’être une fille facile. Ce serait même tout le contraire. Elle prend, je le crois, un malin plaisir à susurrer à mon oreille ce « même pas chiche ! » dans les situations les plus délicates. Au milieu d’une foule, à l’arrière d’un taxi, dans un ascenseur, au restaurant entre la poire et le fromage, en visitant un musée ou une église. Je m’en suis toujours fièrement tiré et nous n’avons jamais terminé notre nuit au commissariat.

Ce matin, nous avons passé tout notre temps à nous balader en ville. Bavardant, léchant les vitrines, comme si nous ignorions ce qui nous attendait. C’était toujours elle qui m’appelait.

Tu es prêt ?

Je répondais invariablement « Oui », comme je l’avais fait ce matin en recevant son coup de fil. Elle fixait son heure et son lieu de rendez-vous. C’était notre façon de nous fréquenter, depuis ce jour où je l’avais rencontrée à un vernissage. Nos regards s’étaient croisés, alors que nous étudions le même tableau. Une croûte abstraite jaunâtre, intitulé « Nu pornographique ». Seul le titre était provocateur. Je lui ai dit :

Avec un nom pareil, je le verrais bien accroché aux chiottes.

Elle m’a répondu :

Même pas chiche !

C’était une petite toile. Je l’ai décrochée d’une main, de l’autre j’ai attrapé ma candidate au défi et nous nous sommes dirigés en suivant un panneau « Toilettes », vert fluo qui aurait eu toute sa place dans cette exposition.

Je crois que personne ne nous a remarqué, mais cela n’aurait rien changé. Une fois tous les trois à l’étroit dans la petite pièce, elle, la peinture et moi, j’ai déposé mon trophée sur la chasse d’eau. J’ai penché la tête comme pour réfléchir.

Elle est mieux là, non ?

Elle m’a fixée dans les yeux et a répété l’unique phrase que je lui connaissait :

Même pas chiche !

J’ai mis le verrou et, sans quitter son regard, j’ai baissé mon pantalon, faisant suivre mon caleçon dans la foulée. Mon sexe, déjà en pleine érection, a jailli comme un beau diable. Il a hoché deux trois fois la tête et il s’est stabilisé au beau fixe.

Si, je crois.

Je me suis assis sur le rabat de la cuvette.

Même pas chiche de me sucer !

Non, pas chiche. Je ne te connais pas, je ne sais pas où tu l’as traînée. On fait à ma manière.

Elle a ouvert son sac et a pris une petite pochette qu’elle a déchirée délicatement. Elle m’a tendu le préservatif.

Habille-toi.

Je n’ai eu aucun mal à loger mon sexe dans ce fourreau couleur chair. Elle m’a tourné le dos et a relevé sa jupe. Elle ne portait rien dessous. Elle s’est assise sur moi. Je me suis enfoncé en elle d’un seul coup. Elle était visiblement prête à m’accueillir.

La cuvette des wc branlait sous ses assauts et j’ai bien cru qu’elle n’y résisterait pas. J’avais les mains posées sur ses hanches et je la laissais faire. C’est elle qui menait la danse. Elle a accéléré avec frénésie, gémissant sans retenue. Et j’ai joui en elle, sans plus de retenue.

Le préservatif a disparu, englouti d’un jet puissant de chasse d’eau. Elle a rouvert son sac, a pris un carnet et un stylo.

Ton numéro de téléphone, s’il te plaît.

Même pas chiche de m’appeler !

Tu verras bien…

Et j’ai bien vu. C’était il y a deux ans et j’en ai vu bien d’autres depuis ce jour. Et maintenant on est là, debout l’un à côté de l’autre, l’air un peu gêné par ce qui nous attend, ne sachant pas trop quoi faire de nos mains.

Voulez-vous prendre pour épouse….

Elle m’a regardé droit dans les yeux.

Même pas chiche !
- Publié dans : Récits illustrés
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Commentaires

Trop mimi !
commentaire n° :1 posté par : TSM le: 12/04/2009 à 07h47

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