Mercredi 26 novembre 2008
Elle avait un cul qui m’invitait à la suivre. Ou plutôt, à le suivre. Quand il passait chaque matin devant moi, mes yeux se fixaient à son balancement. Dans mon imaginaire, je lui collais au train bien longtemps après qu’il ait tourné au coin de la rue. Assis devant mon café, ce cul qui me défiait était mon rayon de soleil quotidien.
Un cul bien rond, moulé à la louche, fait pour loucher dessus. Je ne pouvais que l’envisager ferme et élastique à la fois, avec un grain de peau proche de celui de la pêche. J’y voyais aussi un léger duvet doré accrochant la lumière.
Ce cul-là était mon centre du monde, le roulis d’un embarquement pour s’y plaire, s’y accomplir même, s’y vautrer. Suivant l’humeur, je me voyais le caresser des heures, du revers de la main ou le bouter furieusement, rebondissant à chaque assaut pour mieux m’y engloutir dans le suivant.
Ce cul me laissait sur le cul, vissé à ma chaise de bistrot, incapable de lui emboîter le pas. Il m’était impossible d’aborder sa propriétaire. Je ne tirais pas de plans sur sa comète quant à ma capacité de pouvoir un jour fouiller ce cul qui, chaque matin me narguait à portée de main.
Alors, j’imaginais sa journée. C’était un cul à rester debout, planté sur deux cuisses musclées. Pas le genre à s’avachir huit heures sur une chaise. C’était un cul offert à la vue de tous, mis en valeur, soigneusement réparti dans une petite jupe tendue et fendue ou agréablement proportionné dans un pantalon corsaire. Pas le style à se contenter d’un taille basse qui vous fait choir le plus beau des fessiers au rang d’accessoire alors que son compère le nombril prend le dessus.
Ce cul-là ne devait pas être trop farouche pour qui connaissait le sésame d’entrée. Un cul généreux qui vous accueille sans préjuger et ouvre sa porte à l’inconnu. Une chambre d’hôtes qui vous sert la botte.
Je dois le reconnaître, ce croisement quotidien finissait par tourner à l’obsession. J’en perdais l’appétit. Mon croissant-beurre en devint fade et je n’étais plus que les miettes de moi-même. Je m’aigrissais. Il me fallait réagir, ne plus tourner le dos à ce cul si riche en promesses exploratrices.
Profitant d’un matin où un vent fripon levait régulièrement le voile d’une jupe trop courte, j’ai répondu à l’appel du large. Je me suis levé après son passage et je l’ai suivi (son cul), d’un pas sage à bonne distance.
Que n’avais-je plus tôt franchi le pas ? C’était un régal que de me laisser ainsi guider par ce balancement ; ce roulis qui m’invitait au lit ; ce tangage aux bons présages ; cette gîte qui ne demandait qu’à ce que je l’agite.
J’ai passé la matinée à arpenter les rues derrière lui. Rien ne semblait l’arrêter. J’ai fini par me demander si elle ne consacrait pas sa journée et sa nuit à faire le tour de la ville à son cul chéri, juste pour me le ramener sous le nez au petit matin. Petit à petit, je me rapprochais de lui.
Mon sexe était aimanté sur ce postérieur, pointant son désir vers cette cible immanquable.
Nous nous sommes rejoints à un arrêt de bus. Je me suis positionné juste derrière elle. Allais-je risquer une gifle ou un coup bas mérité ? J’étais mûr pour passer à l’acte, quoi qu’il puisse m’en coûter. Je ne pouvais plus résister à la force d’attraction qui me précipitait vers ce cul magnifique.
A cet instant précis de mon dilemme, elle s’est penchée en avant, pour ramasser une pièce de monnaie qui venait de lui échapper des mains.
L’occasion était trop belle. J’ai saisi ses deux hanches fermement et j’ai plaqué ce cul contre mon sexe, d’un mouvement violent, comme pour m’enfoncer en lui.
Au même moment, un motard a rasé le trottoir et aurait embarqué ma proie sans coup férir si je ne l’avais tirée en arrière. Dans sa surprise, la propriétaire légitime de ce fessier de légende a eu un mouvement réflexe de recul et m’a fait basculer en arrière. Nous nous sommes effondrés tous deux sur le trottoir. Elle s’est retrouvée assise sur moi, plantée sur moi. C’en était trop. J’ai joui, brusquement, balayé par cette attente qui me frustrait depuis des heures. Nous sommes restés là. Elle sur moi. Moi en elle, avec mon sexe qui ne voulait plus débander malgré la jouissance qui venait de le secouer.
Autour de nous, notre public ignorait mon émoi et commentait la scène.
-       Quel con ! Il a faillit vous tuer.
J’ai cru un instant que la veille dame parlait de moi, mais elle menaçait de son parapluie le motard qui s’enfuyait au bout du boulevard.
-       Joli réflexe, mon garçon. Sans vous, elle risquait d’y passer.
Le vieux militaire était à deux doigts de me proposer pour la prochaine promotion de légion d’honneur.
Finalement, elle s’est relevée. D’une main, elle a frotté son cul qui ne semblait pas si endolori que ça. Elle m’a offert un grand sourire et m’a déclaré :
-       Vous m’avez sauvé la vie. Je vous en suis infiniment reconnaissante. Demandez-moi la lune et je vous l’offrirai pour vous remercier.
-       La vôtre suffira…
Et je l’ai eue, sa lune. Pour moi tout seul. Pour toujours. C’est vrai que dans la vie, j’ai souvent eu du cul, mais à ce point, jamais.
- Publié dans : Récits illustrés
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